L’approche IFS ou comment retrouver la joyeuse créativité de nos enfants intérieurs

« Notre créativité est souvent ralentie ou stoppée parce que, dans notre psyché, un élément a une faible opinion de nous-même et qu'au lieu de lui donner un bon coup de pied sur la tête et de nous enfuir vers la liberté, nous nous traînons à ses pieds. Dans la plupart des cas, nous pouvons rétablir la situation en nous prenant au sérieux plus que nous l'avons fait jusqu'alors, avec nos idées, notre art. »

Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estés

L'approche IFS ou comment retrouver la joyeuse créativité de nos enfants intérieurs

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L'approche IFS pour rencontrer nos féroces critiques intérieurs

Dans Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estés s'intéresse à ces « prédateurs de la psyché » (notamment dans son analyse de Barbe-Bleue dont il a été question dans un précédent article).

Quand ces féroces critiques nous glissent à l'oreille : « Tu n'es pas intéressant ! Ce que tu fais n'a pas de valeur ! », l'approche IFS ne nous invitera pas à leur « donner un bon coup de pied dans la tête ». L'approche IFS nous invitera à prendre le temps d'écouter ces voix – les écouter ne signifiant nullement les valider, se rallier à leurs jugements.

Pourquoi une part de nous prétend-elle que ce que nous faisons n'a aucune valeur et que nous ferions mieux de rester à notre place ? Pourquoi nous pousse-t-elle à renoncer à la création, à la libre expression de notre spontanéité, de nos idées ?


Des protecteurs féroces mais bien intentionnés

Si cette part si critique nous intime l'ordre de rester à notre place, c'est à coup sûr pour nousprotéger. Nous protéger de la honte, de l'humiliation.

Pour saisir l'enjeu de leur travail, un petit retour dans notre passé est indispensable. Comment croire en notre valeur si les paroles que nous avons reçues enfant n'ont été que des rappels de notre indignité, de notre insignifiance, de notre médiocrité ? Surtout si ces paroles ont été prononcées par celles et ceux qui étaient censés nous aimer, nous soutenir, nous encourager.

Ces protecteurs ont bien intégré la leçon : faire preuve de spontanéité, laisser sa joyeuse créativité s'exprimer est source de moqueries, d'humiliation. Une seule solution : arrêter de vouloir s'exprimer librement ; arrêter de vouloir prétendre à la moindre idée personnelle ; arrêter d'oser imaginer que l'on peut laisser libre-court à nos élans.

Compassion et curiosité pour ces féroces critiques

Nous n'allons pas accorder tout notre crédit à ces critiques intérieurs qui nous ordonnent de rester à notre place ; nous n'allons pas non plus leur « donner un bon coup de pied » ; nous allons nous intéresser à eux avec sincérité, compassion, curiosité : « Pourquoi est-ce si important de rester à sa place ? Pourquoi est-ce si important de renoncer à la création, à l'expression de nos idées ? Pourquoi est-ce si important de ne pas suivre l'élan qui nous anime ? »

Faire la connaissance de ces protecteurs si critiques, si pleins de jugements, de mépris, parfois même de haine envers nous-mêmes est essentiel. Essentiel pour ne pas finir comme « les femmes qui gisent sous forme de cadavres et de squelettes, dans la cave de Barbe-Bleue. »

L'approche IFS ou comment gagner la confiance des critiques les plus virulents

Gagner la confiance de ces critiques intérieurs n'est pas toujours chose aisée. Il est inacceptable pour eux de laisser voir notre vulnérabilité. C'est beaucoup trop dangereux ! Et c'est vrai que ça l'a été... Merci à eux de nous avoir protégé de souffrances trop intenses quand nous ne pouvions pas y faire face.

Gagner leur confiance peut prendre des semaines, des mois... Plus l'humiliation a été grande, plus gagner leur confiance peut s'avérer être une tâche ardue. Patience, persévérance, amour, sont la clé. Lorsqu'elle était petite, Murielle, la fille du maître spirituel Arnaud Desjardins interrogea Swâmi Prajnânpad sur son « pouvoir » : « Amour infini ; patience infinie » fut sa réponse. Pouvoir tellement précieux quand la blessure a été profonde. Pouvoir tellement précieux dont nous voyons la magie opérer lorsque nous parvenons à nous relier à notre Self, cette sagesse intérieure.

Le pouvoir du Self pour accéder aux oubliettes

Nos protecteurs ne sont pas virulents pour rien : ils ont vu à quel point l'enfant spontané et créatif que nous étions a pu être blessé. Pour cela, il a parfois suffi de quelques mots, d'un manque d'attention ou de reconnaissance, de signes d'agacement, d'un haussement de sourcils, de soupirs... Rien de bien grave pour un adulte... Et pourtant, pour l'enfant que nous étions, cela a pu être tellement violent, intense, destructeur. Alors, un protecteur lui aussi bien jeune a décrété : « Plus jamais ça ! » Aux oubliettes l'enfant, sa créativité et sa spontanéité !

Alors, il est compréhensible que ce protecteur zélé et bien intentionné ne veuille pas nous laisser ouvrir la porte comme ça. On lui parle du Self, mais pourquoi lui ferait-il confiance, lui qui n'a expérimenté que la solitude quand des paroles blessantes ont été prononcées ?

Alors oui, patience et amour sont des clés précieuses pour ouvrir la porte qui mène aux oubliettes. Et le Self, cette sagesse intérieure, notre nature divine, sacrée, possède cette clé. Le Self peut écouter la peine de l'enfant blessé ; il peut prendre la mesure de la souffrance qui a été la sienne ; il peut permettre à l'enfant de sortir du cachot où l'avait enfermé un protecteur qui ne disposait pas d'autre ressource pour que cesse la douleur ; il peut -et c'est tellement heureux- permettre à l'enfant de retrouver sa spontanéité, sa créativité et les faire à nouveau rayonner, vibrer en nous.

Un nouveau rôle pour ces féroces critiques

Le protecteur dont on aura gagné la confiance et qui aura autorisé l'accès aux oubliettes pourra voir cet enfant autrefois honteux redevenir l'enfant libre et créatif qu'il était. Il pourra à son tour se libérer de son rôle -ce qu'il fait en général avec beaucoup de soulagement quand il réalise qu'il n'y a plus de danger.

Il n'est pas rare que ce protecteur qui nous coupait de notre élan de vie, de notre estime de nous, celui qui nous imposait de rester à notre place nous pousse à oser, oser dire, oser créer, oser enfin être nous-mêmes, oser les couleurs plutôt que la grisaille, les rires plutôt que le silence, l'énergie plutôt que la soumission.

Ce protecteur autrefois si sévère et impitoyable peut enfin être ce qu'il est juste qu'il soit : un allié, une ressource. Il sait désormais que celui ou celle que nous sommes aujourd'hui peut laisser libre-court à ses élans ; il sait que celui ou celle que nous sommes peut entendre une critique et que cela ne dit rien de l'être que nous sommes.



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