L’approche IFS, une clé pour “prendre connaissance des secrets les plus sombres de la psyché”
« Prendre connaissance des secrets les plus sombres de la psyché. » C'est par ces mots que Clarissa Pinkola Estés, dans son ouvrage Femmes qui courent avec les loups, parle de la clé que la Barbe bleue a remise à sa jeune épouse en lui interdisant d'ouvrir la porte de la pièce à laquelle elle donne accès.
Comment l'approche IFS peut-elle ouvrir « la porte » pour accéder à une vraie liberté ?
La Barbe bleue offre à sa jeune épouse une bien fausse impression de liberté : « Fais ce que tu veux », lui dit-il tout en lui interdisant l'accès à la pièce secrète. Il l'empêche ainsi de voir quel prédateur elle a épousé. Il l'empêche de pouvoir se déployer et d'être une femme libre et épanouie. Elle devrait se contenter d'une bien illusoire liberté qui repose sur l'occultation de la vérité.
Cultiver la curiosité, l'audace, le courage d'aller voir ce qui se cache derrière la porte soigneusement fermée
Ne pas voir, oublier, laisser tous ces secrets aux oubliettes. On pourrait dire aussi : oublier cet élan en nous, cette sagesse intérieure ; laisser certaines de nos parts continuer à faire ce qu'elles font si bien : bloquer l'accès, fermer les portes, laisser enfouis les secrets, les blessures, les douleurs, les humiliations...
Comme le précise Clarissa Pinkola Estés, « en choisissant d'ouvrir la porte de la terrifiante pièce au secret, elle choisit la vie. » On pourrait dire, en langage IFS, elle laisse le Self la guider. Et la curiosité est bien l'une des précieuses qualités du Self.
La connaissance comme porte pour accéder à la liberté
Sans cette connaissance, si terrible et bouleversante soit-elle, aucune véritable liberté n'est possible ; aucun moyen de faire des choix justes, alignés, véritablement respectueux de notre être ; aucun moyen de savoir pourquoi nous avons cru tel prédateur, pourquoi nous l'avons suivi, pourquoi nous avons accepté d'être à sa merci (le prédateur pouvant être toute forme d'autorité prétendant nous dire et nous imposer ce qui est bon pour nous, nous privant ainsi de notre libre-arbitre et de notre intuition).
L'approche IFS ou l'art de la question juste
Grâce à la bonne question des ses sœurs aînées : « Où penses-tu que se trouve cette porte et que peut-il bien y avoir derrière ? », la jeune épouse de la Barbe bleue va prendre conscience que derrière cette porte se cache un secret qu'elle doit aller voir.
La « bonne question », c'est celle que l'on va poser aux parts de nous pour en apprendre plus sur leur rôle, sur leurs craintes : « Pourquoi est-ce si important pour toi de maintenir cette porte fermée ? De te soumettre à cette personne ? À cette autorité ? De ne pas écouter cet élan en toi qui te souffle à l'oreille de ne pas obéir, de fuir ? »
L'approche IFS ou l'art de questionner nos parts avec un infini respect
Il est essentiel de poser la question avec un infini respect et d'écouter la réponse avec le même infini respect. Si cette part de nous a fait le choix de maintenir cette porte fermée ou de se soumettre à une autorité abusive, c'est parce qu'elle est convaincue que c'est le meilleur choix pour nous, même si cela nous fait perdre notre libre-arbitre, notre liberté, voire même si cela nous coûte la vie.
Ce respect, cette délicatesse dans la posture sont la clé pour ouvrir la porte. Et ouvrir la porte nécessite beaucoup de douceur, d'accueil ; cela nécessite la présence soutenante et compatissante du Self. Sans cette présence, les secrets que protège cette porte pourraient être si insupportables que leur découverte compromettrait notre équilibre et aurait pour conséquence de renforcer encore la sécurité avec des protecteurs encore plus intenses, soit pour barricader la porte, soit pour nous faire oublier à tout prix et par tous les moyens ce qu'elle cache.
L'approche IFS ou l'art de cultiver la présence du Self
Le Self ne sera pas dévasté par la clé qui saigne (celle qui permet de voir les cadavres des femmes de la Barbe bleue) ; il saura quoi faire pour offrir à cette douleur, qui peut paraître inconsolable, tout le soin, toute l'écoute, tout l'amour dont elle a besoin pour cicatriser et retrouver son énergie, son élan de vie.
Ouvrir la porte, c'est accepter de voir tous ceux que nous avons été et qui ont été si malmenés ; tous ces êtres le plus souvent très jeunes, ces exilés qui ont perdu leur confiance en eux, leur joie de vivre, leur spontanéité, leur créativité... Et c'est aussi leur permettre, enfin, de se libérer de leur souffrance, du fardeau de la honte, de l'humiliation, de la terreur, de l'impuissance... Et c'est, enfin, leur permettre de retrouver leur confiance en eux, leur joie de vivre, leur spontanéité, leur créativité...
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